Mercredi 2 avril 2008


Bonjour public de reflexionfoot

Je me permets de revenir sur la finale de la coupe de la ligue et en particulier sur l'affaire de la banderole. Des supporters parisiens ont réussi à introduire dans le stade une banderole mentionnant: "pédophiles, chomeurs, consanguins: bienvenu chez les chtis". Ce message resta visible pendant quelques minutes, la réalisation télé de France 2 n'a pas souhaité diffuser les images de la banderole en direct, préférant réserver la primeur du visionnage aux enqueteurs car une plainte fut déposée pour injure et incitation à la violence.

Bon, on ne peut que déplorer cette invective grossière et stupide contre les lensois. C'est pas très malin, les supporters auraient pu sortir quelque chose de plus élaboré, ils ont mis tellement de temps à préparer la banderole, la découper en morceaux... ils auraient pu travailler d'avantage la substance du message! Ceci dit, je suis persuadé qu'aucun des auteurs de la banderole ne pense froidement que les gens du nord sont pédophiles, consanguins ou chomeurs, personne n'est assez bête pour penser ça en 2008. Alors, puisqu'on ne croit pas ce qu'on écrit, pourquoi l'écrire et le montrer en prime time?

Tous les journalistes de société qui, malgré leur ignorance de l'univers du foot, font des tartines sur la bétise des supporters parisiens devraient commencer par comprendre que le stade est un théatre, mais que les spectateurs ont ici un rôle à jouer. Nous ne sommes pas au cinéma où tout bruit est proscrit et où le portable doit etre désactivé au début de la séance. Non, messieurs les chroniqueurs parisiens, le supporter devient ici acteur, il a un role à jouer, des attitudes à adopter... Sortez des tribunes présidentielles, des espaces V.I.P. et vous serez en contact avec l'authentique expérience du fan de foot. "Jouer" le supporter exige d'abord un costume particulier, un maillot de son équipe, une écharpe, des accessoires... L'habit fait ici le moine, le supporter doit se plier aux codes sociaux du milieu auquel il s'introduit et se parer le corps et parfois le visage des couleurs de son club favori.  Ensuite, etre supporter exige une certaine exubérance, un langage chauvin et bien sur une subjectivité totale dans la vision du match au détriment de l'équipe adverse. C'est toute la différence avec le public tiède et guindé des tribunes cossues et présidentielles, qui lui s'abstient de tout accoutrement particulier, de toute démonstration excessive dans les paroles ou dans les gestes. Ces deux types de supporters se réunissent aux même lieu mais il s'agit bien de deux publics différents.

Bien évidemment, l'attitude d'une personne dépend de la situation. Par exemple, on est plus enclin à aborder une inconnue dans un bar ou une boite de nuit plutôt que dans la rue ou dans le cadre de son travail. Le stade se prete par nature à des comportements excessifs, j'ai été témoin de la transformation d'une petite vieille dame en furia des tribunes l'espace de 90 minutes. On peut également mentionner que le supporter est membre d'une foule et que les psychologues ont montré que la foule a tendance à atténuer la responsabilité individuelle; le phénomène de foule entraine des comportements regrettables comme par exemple les incidents en marge des manifestations ou encore le lynchage... Tout ça pour dire que le stade va favoriser des réactions ponctuelles, mais que celles ci sont d'avantage le produit d'un contexte que le reflet de la personnalité de leur auteur. En effet, après l'évènement sportif, le supporter abandonne sa "casquette" fan pour redevenir un type normal. Non, messieurs les journalistes, tout les supporters ne se comportent pas de la même façon dans la vie de tout les jours, leur vocabulaire est un peu plus etoffé que les quelques noms d'oiseaux qui écorchent vos oreilles délicates.

Venons en maintenant au noeud du problème: l'ennemi. C'est la nature humaine d'utiliser l'ennemi pour renforcer la cohésion du groupe. Toute cette comédie sur les supporters qui se haïssent n'est que la version contemporaine et très euphémisée de la lutte sans merci contre l'étranger, le barbare, l'enfer qui est l'Autre. Un groupe perd instantanément sa cohésion si il est privé d'ennemi, l'empire romain d'occident n'a pas longtemps survécu malgré l'édit de Constentin qui a donné la citoyenneté aux barbares résidant dans l'empire, de même pour le fabuleux héritage d'Alexandre... Les exemples abondent dans l'histoire, il n'est pas innocent qu'une bonne partie des mythes nationaux fassent la part belle à des combattants, Georges Washington en tète ou même Jeanne d'Arc. Les paroles de notre hymne national sont dirigées contres les soldats des monarchies étrangères venues secourir Louis XVI, le patriotisme de la IIIe République, véritable ciment d'unification nationale, était dirigé contre le germain qui occupe l'Alsace et la Moselle, le marxisme s'est construit contre le bourgeois, l'Europe politique contre la menace soviétique... Il est dès lors fort naturel que l'action de supporter une équipe implique un rejet du camp adverse.

Le problème est que j'ai vu lors de cette finale une autre banderole qui utilisait cette même ficelle de la lutte contre l'ennemi pour unifier le groupe. Cette immense banderole était visible pendant toute la rencontre, placée devant les premiers spectateurs, alignée sur la ligne médiane. C'était une banderole officielle de la LFP qui mentionnait: "Tous unis contre le racisme". Pourquoi les responsables de la communication de la ligue n'ont pas choisi: "tous unis pour la tolérance"? Parce qu'ils savaient bien qu'il est plus naturel de se positionner "contre" que "pour". Il n'empèche, la ligue désigne par cette banderole un ennemi: le raciste. On peut également se demander de quel droit la ligue se permet de diffuser un message politique dans le stade. On peut également s'interroger sur le rôle des medias dans cette affaire, tout d'abord les journalistes sportifs qui assurent le direct de la rencontre choisissent de ne pas parler de la banderole injurieuse, aucune image de racisme anti chti ne sera livré au téléspectateur qui aura part contre droit à 90 minutes de banderoles anti racistes.  Dès le lendemain, les journalistes qui couvrent l'actualité mentionnent de plus en plus cette banderole si bien que dès lundi la couverture médiatique du match portera bien plus sur la banderole que sur le match lui même (malgré le penalty très litigieux qui donne la victoire à Paris et qui aurait pu à lui seul donner matière à d'amples débats). A noter que ce qui est accessoire et insignifiant pour un journaliste spécialisé dans le foot devient primordial pour un journaliste d'actualité: comment est ce possible? Faut il voir une volonté politique de "faire un exemple" avec cette banderole, de médiatiser l'affaire afin de faire comprendre aux supporters que l'affichage de slogans hostiles au camp adverse est désormais passible de poursuites pénales? Dans ce cas, les journalistes ne seraient que les les serviles messagers aux ordres du pouvoir. Et que dire du role des hommes politiques locaux? Le maire de Lens porte plainte, cela ne lui coute rien et lui assure une partition de défenseur de ses concitoyens, il entend faire du proces un évènement symbolique avec la convocation comme témoin de spectateurs du stade de france tres spéciaux: le ministre des sports et le président de la république, est ce le rôle de la justice de fabriquer des symboles pédagogiques?

Ce qui a de plus désolant, c'est la liberté d'expression qui est constamment bafouée en France. Comment, au pays des droits de l'homme, un homme peut risquer la prison si il met en doute l'existence des chambres à gaz? Une démocratie forte accorde une liberté d'expression totale et combat tous les racismes ou les charlatanismes sur le plan des idées car elle sait que les doctrines extrémistes ne résistent pas à un argumentaire rationnel. Prenons exemple sur les Etats-Unis où la liberté d'expression est totale, le Ku Klux Klan a parfaitement le droit de publier des textes profondément racistes et antisémites, pourtant l'audience de l'extrême droite américaine est très faible, preuve qu'une démocratie apaisée n'a rien à craindre d'accorder la liberté aux ennemis de la liberté, pour paraphraser un peu St Just. Alors oui, je suis pour la liberté d'insulter (à partir du moment où c'est dans le cadre particulier du "rôle du supporter" au stade et où cela ne débouche sur aucun acte de violence bien sur). J'ai moi même bien souvent entonné le fameux "Paris, Paris, on t'enc..." au stade Vélodrome, je redoute d'avance le jour où un arbitre de ligue 1 portera plainte pour "injure et incitation à la haine" contre 40.000 personnes qui ont repris en coeur "arbitre, enculé!" ou autres variations poétiques... Bref, je vomis cette vague médiatique, probablement d'inspiration gouvernementale, de politiquement correct et, bien qu'opposé à la substance de la banderole anti chti, je ne peux que déplorer les poursuites judiciaires en cours car comme dit Voltaire:"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me batterai avec vous pour que vous puissiez le dire".

manu

P.S. allez coco, on attend ton message sur le blog, fais un effort, au moins un!

par Tchoutch
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